Latifa Gahouchi – Sénatrice – Députée régionale

Mon discours de clôture au colloque du CEF sur le Tronc commun

#gahouchi parlement CEF

Tout d’abord permettez-moi de vous souhaiter une excellente année 2015, même si le mois est déjà bien entamé. Une année qui vous mettra encore, j’espère, dans les meilleures conditions pour œuvrer pour un meilleur enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles.
Ce colloque est à ce titre une bonne façon de commencer l’année.

Le sujet est évidemment des plus importants. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard que le Tronc commun, son allongement plus spécialement, ont été placé au centre de la Déclaration de politique communautaire. C’est l’avenir de notre jeunesse qui est en jeu.
La DPC propose donc l’allongement de ce tronc commun jusqu’à la fin de la 3e année du secondaire. Il s’agit d’abord de renforcer les savoirs de base pour tous; ensuite de revaloriser l’Enseignement qualifiant. Mais, le vrai fil rouge, l’objectif numéro un est de mettre fin de façon structurelle à la relégation scolaire.

Evidemment l’éradiquer peut paraître utopiste. Mais, comme disait Théodore Monod : « l’utopie est simplement ce qui n’a pas encore été essayé. »
Le tronc commun proposé par la DPC est l’occasion ou jamais de nous mobiliser. Et pourquoi dès lors ne pas vous livrer mon rêve le plus fou.

Dès le plus jeune âge, l’enfant doit avoir la liberté de s’essayer à tout. Les structures trop écrasantes ont montré dans le passé qu’elles empêchent l’épanouissement. Il faut permettre les trajectoires scolaires qui collent le plus possible aux capacités et aspirations de chaque enfant.

Que diriez-vous d’un enseignement totalement décloisonné autorisant les flux, les trajectoires scolaires? Finie « la philosophie du tout ou rien » qui engendre des réussites totales mais aussi des échecs cuisants et définitifs qui relèguent les élèves.

Bien sûr cela demande une vision radicalement différente de l’école, un tronc commun qui permette aux élèves de développer leurs connaissances et acquis de façon modularisée, d’acquérir des certifications de connaissance dès qu’ils maîtrisent des unités de matière vue au sens large. Pour ensuite élire et poursuive leur trajectoire.

Le CEF a déjà planté le décor depuis longtemps. L’avis 80 est une recommandation clé pour la refondation de l’enseignement. La Mise en place de la CPU au 3e degré ou encore celle du SFMQ ont été des étapes importantes en ce sens. LE SFMQ prévoit d’ailleurs la collaboration entre les enseignements qualifiants de tous les réseaux. Il autorise les bases de la modularisation de l’enseignement.

Le CEF a déjà insisté sur le trou béant qu’est le second degré. Où les élèves ne sont qu’en transition entre le 1er et le 3e. Mais déjà dans une orientation cloisonnée, relativement définitive et nullement dans une trajectoire en voie d’élection et d’élaboration.

Repensons l’école. Revisitons nos habitudes. Quittons la logique des examens et tournons-nous vers une logique de contrôles des unités acquises et capitalisées. Montrons aux élèves que le système ne les abandonne pas. Qu’ils ont acquis quelque chose et que ces acquis peuvent les faire avancer, en franchissant des étapes qui ne sont plus cloisonnées dans des années ou des degrés. Laissons les élèves se projeter dans une trajectoire dans un ordre social.

La refondation de l’école repose sur le décret mission qui prévoit déjà cette vision des choses basées sur les compétences. Osons un Bologne de l’enseignement obligatoire. Comme l’université s’est inscrite dans l’Europe. Inscrivons-nous sur notre territorialité. Permettons que nos bassins scolaires offrent toute une panoplie d’unités de formation et toutes les voies de métiers possibles.

La Cité des Métiers à ce titre est un lieu de connaissance, d’excellence ou nous verrons converger les élèves de tous horizons vers des fonctions pointues. C’est un lieu où les écoles coopéreront et feront converger des élèves qui pourront s’exercer sur des machines complexes et acquérir ainsi des unités de compétences de connaissance et de se mouvoir dans la formation tout au long de leur vie.

Rassemblons-nous autour d’un tout cohérent qui irait du pré-scolaire, en passant par le primaire jusqu’à la fin du tronc commun où l’orientation est possible dès le plus jeune âge. Pourquoi ne pas parler aux plus petits des métiers de façon ludique dans le cadre de la coéducation, plutôt que déjà les faire redoubler au sortir d’une 3e maternelle ?

L’orientation n’est possible que dans un système décloisonné. Le projet de tronc commun nous permet de saisir la balle au vol. Celle de la refondation de notre enseignement.

Soyons optimistes, utopistes peut-être. Permettez-moi de conclure sur cette citation d’André Gide : « Comme si tout grand progrès de l’humanité n’était pas dû à de l’utopie réalisée ! Comme si la réalité de demain ne devait pas être faite de l’utopie d’hier et d’aujourd’hui… »

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