Latifa Gahouchi – Sénatrice – Députée régionale

26 février 1961, une date, deux événements.

On peut le regretter mais c’est un fait, nous ne sommes pas nombreux à pouvoir nous vanter d’être nés le jour même où un Roi se meurt.

C’est pourtant ce qui s’est passé au Maroc, ce 26 février 1961.

Mohamed V, Roi du Maroc et héros de l’Indépendance du pays proclamée en 1956, ne se réveille pas d’une intervention chirurgicale pourtant bénigne.

A quelques 600 km de Rabat où la nouvelle se répand peu à peu, dans la ville frontière de Oujda précisément, Latifa voit le jour.

Alors que le pays est en deuil, son père refuse d’annuler la fête qu’il a prévue d’organiser en l’honneur de cet enfant.

Son père justement, qui est-il ?

C’est un jeune gardien de la paix comme on disait alors, bel homme, à qui on prédit une brillante carrière au sein de la police nationale.

Sauf que cet homme a une conscience aigüe des inégalités sociales dont le peuple est victime.

Inégalités sociales, spoliation des richesses du pays par une oligarchie complice du régime en place, corruption endémique et surtout pouvoir absolu aux mains d’un véritable dictateur…

Si la figure historique de Mohamed V reste étroitement liée au combat livré contre la présence française au Maroc et à 1956, année qui sonna le glas du Protectorat français au Maroc, si Mohamed V fut un monarque discret et plus ou moins apprécié par son peuple, rien de tel pour son fils Hassan II, celui-là même qui lui succéda en ce 26 février 1961.

Les jardins secrets du Roi :

Les livres rédigés par les historiens, les journalistes ou les « rescapés » ne manquent pas qui racontent avec plus ou moins de détails les années de plomb, les années noires, les années d’horreur, la terreur véritable et continue dans laquelle vécut le peuple marocain, à commencer par les opposants au régime, ces héros modernes qui, comme Belkacem Gahouchi, ont osé dire NON.

Alors que son père était soucieux de reconstruire l’unité du pays en s’appuyant sur les représentants de tous les courants politiques existants : des islamistes modérés aux représentants de la Gauche en passant par les nationalistes, rien de tel chez Hassan II qui n’aura de cesse de tout mettre en œuvre pour bâillonner, faire plier, faire taire toutes les voix dissonantes à son régime dictatorial, au premier rang desquelles on retrouve la figure emblématique de Mehdi Ben Barka, assassiné en décembre 1965 dans la banlieue de Paris, sans doute des mains mêmes du Ministre de l’Intérieur de l’époque Le Général Oufkir, sur ordre d’Hassan II et avec la complicité d’agents du SDCE, les services secrets français, .

Durant les 30 années du règne d’Hassan II, partout dans le pays la répression fait rage, partout les arrestations arbitraires, les passages à tabac des étudiants et les viols d’étudiantes manifestants ou en grève, dans tout le pays se multiplient les enlèvements d’opposants, l’intimidation des proches, la pratique de la torture qui se généralise, se banalise.

Les prisons sont pleines, pourtant cela ne semble pas assez pour cet homme qui a le goût du pouvoir absolu et ne supporte aucune contradiction, aucune opposition.

En effet, est-il besoin de rappeler qu’Hassan II aura été le seul chef d’Etat du XXème siècle à avoir jeté des centaines d’opposants dans un bagne ?

(pour celles et ceux qui veulent « en savoir plus », on leur conseille vivement la lecture de l’excellent Notre ami le Roi, de Gilles Perrault).

Belkacem Gahouchi, militant au sein de l’UNFP et soutenu dans ce combat juste et courageux par sa jeune épouse et malgré les risques qu’il encourt et dont il est tout à fait conscient, apprend presque par hasard, qu’il sera l’objet d’une arrestation imminente.

En 24h, il fuit le pays, traverse l’Espagne de Franco et arrive en Belgique en 1965

Douze années s’écouleront avant qu’il puisse à nouveau fouler les rues de son pays tant aimé.

Jamais il ne cessa son combat pour dénoncer, depuis la Belgique où il pût compter sur la solidarité active de très nombreux amis et camarades, au sein du PS ou de la FGTB, les atteintes multiples aux droits de l’homme et porter la parole de ses camarades restés au pays et dont certains, avec lesquels il avait débuté son engagement politique, ne revinrent pas vivants des mains de leurs geôliers, d’autres dont personne ne sait où ils ont été enterrés puisque aucun doute ne subsiste sur le sort funeste qui leur a été réservé par leurs tortionnaires.

Quand on est la fille aînée de pareil homme, existe-t-il une voie plus belle, plus grande à emprunter que celle de l’engagement syndical et politique pour témoigner de son refus des inégalités, des injustices en tous genres ?

Non, évidemment non, Latifa a d’ailleurs rapidement emprunté cette voie sacrée pour ne jamais plus la quitter.

A qui lui demande à quand remontent ses souvenirs engagés, elle répond qu’à l’âge de 12 ans déjà, à l’heure où ses copines de classe profitaient de la Fête du 1er mai pour s’offrir une grasse matinée bien méritée, elle arpentait les rues de la ville, portant le drapeau de l’USFP ( le Parti socialiste marocain), marchant derrière les fanions du PS ou de la FGTB en entonnant une Internationale qu’elle connaissait par cœur déjà.

Autre souvenir marquant d’une enfance et d’une jeunesse décidément à nulle autre pareilles, la commémoration dans les locaux de la FGTB carolo de l’assassinat de Mehdi Ben Barka, chaque année à la même date.

Assise ou recroquevillée sur une chaise lorsque les discours étaient trop longs, partout elle accompagnait ce père admiré et adoré qui répondait lorsqu’elle lui demandait pourquoi il associait toujours ses enfants à tous ses engagements : « le Maroc nouveau dont nous rêvons, il ne se fera pas sans vous.

Vous êtes l’avenir de votre pays et je veux pour mon pays une jeunesse intelligente, informée et engagée ».

L’engagement encore, l’engagement toujours :

Elle a 19 ans lorsque M. Bertouille, Ministre Liberal de l’Education nationale comme on disait à l’époque, décide de promulguer une Loi dont l’objectif avoué est de réduire (au risque de les supprimer presque totalement) le nombre d’étudiants étrangers autorisés à poursuivre leurs études dans nos Hautes Ecoles et Universités.

Pas besoin de grands discours pour comprendre le caractère scandaleux de cette mesure.

En effet, elle tuait dans l’œuf l’espoir d’un développement du Tiers Monde obtenu grâce au retour au pays d’une jeune élite formée à l’étranger.

Alors même qu’à titre personnel, elle n’est pas concernée par cette mesure qu’elle juge discriminatoire, Latifa n’hésite pas à entamer avec ses camarades une grève de la faim qui durera 12 jours et au terme de laquelle cette mesure sera de garder les étudiants étrangés présents sur le territoire.

Plus tard, élue présidente de l’UNEM, (syndicat socialiste marocain des étudiants de l’étranger), elle défendra chaque fois que nécessaire les droits des uns et des autres à poursuivre leurs études dans les meilleures conditions possibles.

On le voit, cohérence et enthousiasme sont sans doute les maîtres mots de ce parcours peu commun.

Des années plus tard, devenue une adulte et une mère de famille qui est-elle devenue ?

Elle est restée la même ou presque : elle a appris à se battre pour défendre ses valeurs, elle sait que le temps est souvent un allié pour faire progresser une idée ou un projet, sur le terrain politique elle ne travaille contre personne mais pour le bien commun.

Des adversaires, des ennemis même elle en a et ils sont nombreux, ils se nomment cynisme, loi du plus fort contre loi du plus juste,

isolement, désespoir, chômage, précarité, peur du lendemain, pauvreté…

Conseillère communale durant 7 années, elle a pris le temps d’apprendre le fonctionnement de la « machine ville », elle a appris à monter des dossiers et à les suivre jusqu’au bout sans jamais renoncer, en dépit des obstacles qui ne manquent jamais, évidemment.

Elle n’est donc pas une débutante, une « amateur », encore moins une dilettante.

Bosseuse, fonceuse, elle aime le travail en équipe toujours plus enrichissant et exaltant.

Juillet 2007, sur décision de Paul Magnette, elle est choisie pour occuper le formidable poste d’Echevine en charge de l’Education, Formation, Promotion Santé à l’Ecole; Centre Récréatifs Aérés et Jeunesse.

Durant ces quatre années, elle a mené à bien de nombreux projets, lancé plusieurs chantiers, stabilisé de très nombreuses situations précaires inadmissibles à ses yeux.

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